Une écharpe rouge vole à l’horizon une part de son mystère.

Serait-ce dans l’invisible dévoilé que Béatrice effleure l’univers. Le sien. Les voyages extérieurs deviennent intérieurs.
Les crépuscules, des dieux vivants. Des chambres avec vue sur une immensité, la poésie comme du sang de tigre apaisé. Contemplatif, léger, l’objectif survole la vie sans jamais l’importuner. Il y a du là, et de l’absence comme pour mieux révéler un coin de mur, un train japonais qui file à travers des villes miniatures semble t-il, s’évanouissant dans un tunnel qui ressemble à l’oubli… et revient à la charge dans son fracas.
Le rôle de l’artiste n’est-il pas de transmettre son émotion, de magnifier le fond d’une route qui finit peut-être… ou pas.
Une écharpe rouge, un rayon vert que l’on aperçoit une fois, deux fois ou jamais tout au long de sa vie.
Béatrice nous offre son regard. Le désenchantement parfois. Perchée en haut d’un building new-yorkais, les errances dans la solitude, et puis l’espoir au coin d’une vague emportée. Le regard et l’esprit décalé. Pop party, du kitch dans les kitchens. Des objets se noient dans de l’eau claire. Une poupée de chair rose-plastique va être agressée par un monstre, les peurs de l’enfance quand les bruits nocturnes se tapissaient certainement dans les recoins de la grande maison.
Looking for Raymond. Ballade nostalgique sur les traces de Raymond Depardon au début des années 80 dans la ville de Glasgow. Pierre filme, Béatrice photographie dans un duo mère-fils où l’amour transpire. Un personnage authentique témoigne, une bière oubliée sur le comptoir,comme pour rafraîchir la mémoire. Oubliée comme ce peuple rendu par eux, si attachant. La ville blessée comme ils l’appellent. Écharpe rouge et rayon vert. Il y a dans cet univers, de la blessure, du beau que l’on peut presque toucher du cœur.

Une harmonie brutale et douce à la fois que l’on découvre dans tous les berceaux de la création pure.

Marco Bisson

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