Le Rayon vert

C’était un hôtel majestueux à l’allure d’un paquebot échoué au bord d’une plage.  Mes parents y retrouvaient chaque été pendant quelques jours leurs amis venus des quatre coins de France. Les journées se passaient sur le sable ou au bord de la piscine et le soir venu, la joyeuse équipe se retrouvait au bar où un serveur leur préparait des verres de vermouth qu’ils sirotaient en fumant des Peter Stuyvesant.
Au son de la cloche, nous partions dîner dans la somptueuse salle de restaurant dont les  peintures murales avaient été réalisées par quelques artistes locaux en échange du gîte et du couvert.
La soirée s’achevait autour d’une table de jeux parfois aussi sur la piste de danse où des couples au teint hâlé s’entre laçaient en cercles gracieux. 
Monsieur René projectionniste à ses heures s’occupait des plus jeunes. Après le dîner nous nous retrouvions dans la salle de cinéma et attendions, le cœur battant, le bourdonnement du projecteur qui marquait le départ d’un dessin animé.
Ma chambre possédait une terrasse avec vue sur l’horizon. En ayant beaucoup de chance et en étant suffisamment patiente, le concierge m’avait assuré qu’il était parfois possible, au moment du coucher du soleil, d’observer le fameux rayon vert ; cet ultime rayon de soleil, avant qu’il ne sombre dans la mer, était censé porter chance aux amoureux…
L’hôtel est toujours là, vieilli, fatigué et un air d’abandon se lit désormais sur ses murs.
J’ai à nouveau gravi les marches du bel escalier et sur la terrasse de mon ancienne chambre, j’ai tenté une dernière fois de voir le rayon vert tout au bout de l’horizon.

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